HISTORIQUE COMPAGNIE

En 1994,

Avec des comparses étudiants, nous imaginons réinventer le théâtre universitaire, et nous créons l’association /NTERST/CES pour mettre en scène des textes d’auteurs vivants : Patrick Kermann, Kossi Efoui, Slimane Benaïssa, Francine Landrain, …

Le nom de l’association nous vient de lectures de Deleuze : Les images sont esclaves les unes des autres et nous sommes esclaves des images, tant qu’elles sont à la chaîne. Pour briser les chaînes : il faut creuser les interstices, fouiller les failles, faire naître cet espace-temps d’entre-deux, habiter cet écart. Le théâtre est de ces espaces-temps collectifs.

Jusqu’à 60 étudiantes et étudiants tiendront collectivement une bibliothèque de textes contemporains sur le campus de Montpellier, créant des pièces et organisant des lectures, des festivals, dans des amphithéâtres, des friches, des bars, des adjecos…

 

En 2004,

Pour la première fois, une représentation de la compagnie est jouée avec un coût de cession dans un lieu dit « pro ». Nos pratiques artistiques se confronte à d’autres logiques que celles des exigences de l’Art : métiers, marchés de la culture, licences d’entreprises culturelles et réglementations, droits des précaires et grèves… L’université est depuis longtemps derrière nous. Les espaces-temps pour pratiquer changent. Nous voulons créer un continuum temporel pour l’exercice de notre art. Comment trouver cette continuité quand les modes de production s’appuient sur « l’intermittence » ? Nous sommes nomades. Comment continuer à jouer, chercher, créer et garder la maitrise nos propres temporalités d’artistes ? Pour ne pas cesser de nous réapproprier les temps collectifs de l’art théâtral, nous décidons d’aiguiser notre compréhension critique des logiques politiques qui régulent les systèmes de « production-diffusion » du théâtre. Nous inspirons des artistes (François Tanguy au Radeau, Maguy Marin à RamDam, Mark Tomkins à Arbecey), qui pensent leur production de manière singulière en s’appuyant sur une troupe, un lieu, et qui créent sur des temps long. Nous nous référons à cette histoire du théâtre qui est faites de laboratoires, de studios, d’espaces-temps dédiés à l’art du théâtre sans contraintes de production. Nous souhaitons avoir le temps de pratiquer un training régulier, avoir le temps de chercher. Nous expérimentons, créons des alliances entre artistes et compagnies pour y arriver.

Nous questionnons nos structures, nos pratiques. Nous inventons nos situations, nos contextes. Avec la compagnie du Théâtre de La Valse à Orléans, nous mutualisons nos forces, nos idées, nos moyens, nos ressources. Nous arpentons les textes d’Heiner Müller, Rainer Maria Rilke, Royds Fuentes-Imbert, Gottfried Benn, Fédor Dostoïevski, Arthur Rimbaud, Alexandra Pizarnik, Louis-René des Forêts, Guennadi Aïgui, Georg Büchner…

 

En 2014,

Nous sommes plongés simultanément dans sept textes de Samuel Beckett : En attendant Godot, Têtes-Mortes, Quoi où, Fragments de théâtre. Viendront ensuite les textes de Bertolt Brecht : Sainte Jeanne des abattoirs, Dialogue d’exilés. Nous rencontrons les ouvriers des chaînes d’abattage industriel. En un siècle, de Chicago à Marvejols, les machines changent, les gestes des femmes et hommes dans l’usine demeurent. Nous questionnons l’art de l’acteur, autant que la fonction sociale du théâtre. Puis les livres de Charles Fourier arrivent sur la table. Le nouveau monde industriel et sociétaire, Le nouveau monde amoureux… « procédons par écart absolu », suggère Fourier.

Les rêves « d’harmonie sociale » sont stimulants : nous travaillons 5 ans sur les UTOPIES — ici, là, plus loin. C’est quoi ce lieu (-TOPOS) idéal et bon (EU-) et qui n’existerait pas (-U ) ? De nos longues phases de résidence en Lozère, Picardie, Corrèze, Seine Saint-Denis, et de nos multiples rencontres avec des utopistes en acte, naissent deux créations : Nous qui habitons vos ruines et De quoi hier sera fait, deux textes de Barbara Métais-Chastanier qui participait aux enquêtes.

Nous avançons par cycles successifs de questionnements liés au théâtre : après plusieurs années consacrées à une pratique « physique », soutenue par un training quotidien, nous plongeons avec Beckett dans les ressources du langage, son extrême précision. Avec Brecht, nous renouons avec la dramaturgie, et abordons l’enquête in situ comme ressource principale de création. Avec Brecht puis Fourier et Barbara Métais-Chastanier nous interrogeons l’adresse, les processus. Suivant l’exemple du groupe Medvedkine nous essayons de répondre aux questions essentielles : quel théâtre, avec qui, pour quoi ? Au théâtre, pouvons-nous encore dire « NOUS », interroger le collectif et ses dimensions sociales ? à quelles conditions ? comment ?

De 2014 à 2023, nous sommes successivement associés à plusieurs lieux fortement impliqués sur leur territoire. Nous nous y engageons à leur côté, au Forum du Blanc-Mesnil, aux Scènes croisées de Lozère, au Théâtre du Beauvaisis, scène nationale de l’Oise, au Théâtre des Treize Vents, CDN de Montpellier. Nous travaillons aussi avec Mélando La Grange Bouillon Cube, L’Atteline, la MC 93 Bobigny, La Commune à Aubervilliers, la MC2 : Grenoble, l’Empreinte à Brive-Tulle…

  

En 2024,

La rencontre avec les artistes et techniciens, techniciennes de La Bulle Bleue a ouvert le dernier espace intersticiel en date. Entre 2020 et jusqu’aujourd’hui, au milieu de plus de 300h de laboratoires communs, de chantiers, et stages divers, et en dépit des confinements et multiples arrêts liés au Covid, /NTERST/CES et la troupe de La Bulle Bleue, ont donné forme à trois créations : deux pièces de Shakespeare La Tempête, Le Songe d’une nuit d’été, et une pièce de Barbara Métais-Chastanier pour le jeune public : Betty devenue Boop ou les anordinaires.

/NTERST/CES s’est fortement impliquée dans cette aventure, aux côtés de la Bulle Bleue ESAT artistique et culturel. Engageant toutes nos ressources de compagnie dans une volonté de travailler à plus d’inclusion dans le spectacle vivant, nous avons réuni des équipes mixtes, partageant connaissances, savoir-faire et passion du théâtre entre artistes et technicien.nes travaillant en milieu dit « protégé » ou en milieu dit « ordinaire ». Cette aventure et belle, et elle continue avec aujourd’hui au bilan commun : 83 représentations, de multiples collaborations (IRCL, ENSAD, JTN…), et une programmation dans 3 festivals internationaux : Le FAME à Bruxelles, Le Printemps de Comédiens à Montpellier, le Festival d’Avignon off.

Nous jouerons ensemble cet été 2024 à Avignon dans la Cour du Spectateur du 6 au 21 juillet …